« En toute chose, il faut considérer la fin. » scandait avec sagesse l’affable et lyrique De La Fontaine.
C’est donc le moment de renouer avec le vieux principe de l’éphémère… d’admettre « la nature fragile et caduque des œuvres humaines » comme écrivait avec philosophie l’homme d’église De Lamennais.
DzBlog, aussi formidable puisse-t-elle être, cette plateforme n’échappe pas au premier des axiomes de la vie : « tout ce qui a un début a une fin » dixit l’oracle de Matrix – que les puristes ne m’en veuillent pas, j’essaie de varier mes références… quitte à piocher dans la sous-culture hollywoodienne.
Comme la votre, mon existence a été marquée par quelques adieux, qui, sur l’instant, avaient le goût amer de la fin. En effet, j’ai toujours eu les plus grandes peines à faire le deuil des belles choses. Je ne savais tourner la page sans l’arracher dans un élan de rage et de dépit.
Mais avec le temps et le recul des années, en repensant à ces départs, ces disparitions, ces exils, ces ruptures… l’âcreté des épilogues s’estompe peu à peu, laissant place à la douceur du souvenir.
Et au milieu du papier jauni de vieilles lettres, des couleurs délavées de photos écornées, de l’odeur boisée de la poussière qui matérialise ce rayon de lumière ambrée, que lance désespérément un soleil crépusculaire à travers une lucarne… dans cette atmosphère nostalgique, je conjure mes démons en considérant la fin comme… comme un commencement.
Par sa médiocrité et sa platitude, je ne saurai faire de ce concentré de niaiseries mon ultime article. J’y associe donc un vieil hommage à monsieur Le Fennec.
Ina lilahi wa ina ilayhi raji3oun
On a coutume de dire que ce qui importe, tant en ce bas monde qu’au jour du jugement dernier… tout ce qui importe pour tout homme, pour tout être, riche ou pauvre, puissant ou modeste, illustre ou anonyme… tout ce qui importe une fois le dernier souffle exhalé, c’est le Bien – et a contrario, le Mal – que l’on a fait de son vivant.
Jeune garçon, en farfouillant dans la bibliothèque municipale, j’étais tombé par hasard sur une charmante histoire de Jean Giono… J’avais été frappé par la beauté et la justesse de cette parabole. Même si cela remonte à une quinzaine d’années, je vous la résume de mémoire. Je vous invite néanmoins à la lire.

Il s’agit d’un singulier berger, qui pendant des décennies, tout en gardant son troupeau sur les hauts pâturages alpins, et au lieu de souffler oisivement dans une flute, s’est attelé à une tâche minutieuse, immense, et totalement désintéressée.
Des années durant, quotidiennement, on voyait ce brave homme arpenter avec son bâton des terres arides et ingrates en s’arrêtant à intervalle régulier comme pour reprendre son souffle. Mais à chaque halte, il se courbait et tâtait le sol. On aurait pensé qu’il cherchait quelques choses… des truffes peut-être. En réalité, il plantait des glands dans un trou ménagé dans la terre à l’aide de son jonc… des dizaines de glands… et cela tous les jours. Ainsi, bien des années après sa mort, la région initialement déserte et inhospitalière, s’est mue en une grande et foisonnante forêt de chênes.
Quand Sublata nous annonça la disparition de monsieur Le Fennec – Allah yrahmou – comme bien d’autres je fus ému et triste à la fois… et puis a ressurgi du fin fond de ma mémoire cette nouvelle de Giono.
En effet, dans mon esprit benoît, je vois le créateur de dzblog tel ce pâtre. A grands efforts, il a semé les graines d’une grande forêt de blogs… une forêt de blogs où chacun offre à lire le fruit de ses réflexions, où j’ai pu retrouver mes racines pour me ressourcer, et où nous avons tous noué et cultivé tant bien que mal des relations nombreuses et fabuleuses.
Combien de personnes se sont rencontrées, appréciées… aimées grâce à dzblog, et donc grâce à monsieur Le Fennec ? Il ne sert à rien de le calculer car ce n’est pas fini. Cette plateforme survivra à son créateur et sera, à l’image de la forêt de Vergons, le biotope d’un formidable écosystème social où pourront se créer encore d’innombrables amitiés.
Je n’ai pas connu ce monsieur, mais je l’admire. Et mon plus grand rêve serait d’abandonner derrière moi une œuvre philanthropique de cette envergure.
Vivamed, en deuil et à jamais reconnaissant.
« Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable. »
« Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. »
Jean Giono
publié par viva dans: Hmmm...




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