Lundi 04 Février 2008

Parmi les violons d’Ingres de l’enfant puis de l’adolescent que je fus, figurent en bon rang les bandes dessinées. C’était du reste la principale motivation de mes visites régulières à la bibliothèque municipale.

Car même si je m’efforçais à lire des romans, ces gros pavés pleins de pages… avec cette prose hermétique, ces millions de petits caractères que n’agrémentait aucune illustration.

Même si je raffolais des revues et autres périodiques… les « J’aime lire », les « Je bouquine », les « Science & Vie Junior », les « Phosphore »… - dans l’ordre chronologique –, que je ne manquais pas de dévorer à chaque parution.

Et même si j’aimais emprunter un bouquin sur la peinture, le modélisme, l’origami, l’aéronautique, ou l’informatique… la géographie, la paléontologie, l’antiquité ou bien encore l’histoire médiévale.

J’allais toujours – tel un rituel – fouiller méthodiquement l’énorme bac en bois qui accueillait les BD jeunesse. D’une main experte et d’un œil concentré, je faisais défiler les albums à la recherche d’une nouveauté… hélas oui, au bout de quelques années, j’avais presque tout lu :-(

C’est donc en dilettante que je me présente, pour vous dire sans mentir ni rougir, que de toutes les bandes dessinées qu’il m’a été offert de lire, celle que je préfère, celle qui m’a fait rire, celle qui me fait toujours rire, c’est…

Calvin & Hobbes de Bill Watterson !

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Comment vous décrire cette œuvre ? Vous savez, j’ai de longue date songé à vous en parler… mais la procrastination l’a emporté sur mon envie de partage, car je ne savais comment aborder un sujet aussi vaste et important à mes yeux.

Mais par la publication de ma dernière énigme « Qui est-ce ? », je me suis mis dos au mur n’ayant d’autre alternative que d’apporter une réponse à cette interrogation, et par là même de vous parler du truculent Calvin.

Calvin est un petit écolier de six ans. En apparence adorable et innocente, cette petite tête blonde présente quelques singularités :

   Un égo aussi démesuré que le mien,

   Une formidable et débordante imagination,

   Une intelligence hors du commun,

   Une aversion pour les petites filles de son âge,

   Et… Hobbes un tigre en peluche pour meilleur ami.

En effet, toute la mécanique, tout le ressort de cette œuvre tourne autour de ce principe fondamental : Calvin est un garçon profondément solitaire, et en décalage avec la société. Un éternel et farouche incompris qui inconsciemment, dans une sorte de psychose infantile, donne vie à sa peluche, un tigre tour à tour sarcastique, compatissant, querelleur, attendrissant…

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Outre l’adjuvent Hobbes, l’univers de Calvin est animé par quelques personnages, dans l’ensemble opposants.

En premier lieux ses parents, avec lesquels le petit chenapan livre une guerre psychologique mais au demeurant bon enfant…

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Et puis il y’a Miss Wormwood – patronyme à ne surtout pas traduire –, une institutrice qui frise la soixantaine et le quintal, et qui, à cause de l’exaspérant Calvin, fume depuis longtemps ses deux paquets par jour… bref, le symbole de l’institution, archétype d’une société dépassée par les enfants qu’elle a produits.

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Il y’a ensuite la sage et studieuse Susie. Petite fille modèle, elle a la malchance d’être la voisine et la camarade de classe de Calvin…

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Bien, je ne vais pas tout vous dévoiler… je ne fais que gâter votre plaisir futur. Alors je vous laisse découvrir ce chef d’œuvre d’humour et de sagacité, à travers les tous premiers strips publiés :

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Salut P’pa ! Je sors vérifier mon piège à tigre !

J’ai piégé un sandwich au thon hier, alors je suis sûr d’avoir un tigre aujourd'hui !

Ils aiment les sandwichs au thon, tu crois ?

Un tigre ferait n’importe quoi pour un sandwich au thon !

Sur ce point, nous sommes plutôt stupides.

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Alors Papa, que dois-je faire quand je capture un tigre ?

Amène-le à la maison et nourris-le. Ne vois-tu pas que je suis occupé ?

(Soupir)

Non vraiment, je ne peux rien manger de plus !

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Qu'est-ce que ce vacarme ? Tu es censé dormir !

C'est Hobbes, papa ! Il sautait sur le lit ! Vraiment !

"Hobbes" ne sautait pas sur le lit ! Maintenant, dodo !

Tu sautais sur le lit !

Eh ben quoi, c'était toi qui jouais des cymbales !

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"Je présente un objet" est fini Calvin. S'il te plait, range ton tigre dans ton casier.

Dans mon casier ?! Il va s'étouffer !

Bien, mets-le alors sous ta chaise.

(Soupir) On a eu chaud !

A qui le dis tu !

Sept plus trois ?

Soixante-treize.

Euh… un dernier mot. Je tenais tout de même à rendre hommage à l’auteur de cette bande dessinée qui, sans grossièreté aucune, avec beaucoup d’intelligence et une grande finesse, aborde des sujets de société.

Du reste, malgré les nombreuses sollicitations et des offres mirobolantes, il a toujours rejeté, par respect pour son art, toute idée de marchandising ou d’adaptation cinématographique.

A l’heure où certains écrivent des bouquins en sept tomes dans l’idée de gagner sept fois plus d’argent… à l’heure où les adaptations au grand écran deviennent plus célèbres que les œuvres originales… à l’heure où des auteurs, pour vendre des produits dérivés, se transforment en camelots… une telle probité littéraire force le respect.

Et j’imagine que c’est parce qu’il a voulu s’affranchir de toute démarche marketing, se contentant de publier ses strips et planches à la dernière page de quelques grands journaux, que Bill Watterson n’a pas accédé à la popularité qu’il méritait. Génie modeste et discret, son œuvre est de toute évidence pas assez connue en Europe, et – comme l’atteste mon sondage auprès de vous – étrangement inexistante au Maghreb.

Pour revenir sur la qualité d’honnêteté intellectuelle de l’auteur, j’aimerais souligner un fait assez singulier et remarquable pour qu’il soit relevé. Je site l’encyclopédie libre Wikipadia :

En 1995, Bill Watterson annonce, dans une lettre à ses éditeurs, la fin de la série à la fin de l'année. Il considérait en effet qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait dans les contraintes de temps et d’espace qu'impose une diffusion dans la presse quotidienne et qu'il était temps pour lui de s'arrêter.

Calvin et Hobbes prend ainsi fin le 31 décembre 1995, avec la parution de la 3160ème et dernière planche dans le Washington Post. Celle-ci dépeint Calvin et Hobbes émerveillés par le spectacle d'un paysage fraîchement recouvert par la neige : « C'est un monde magique, vieux frère ! … ». La dernière case montre Calvin et Hobbes descendant en luge une colline et Calvin s'exclamant « … allons l'explorer ! »

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