<![CDATA[VivA]]> http://viva.dzblog.com Le roi de l'imposture, pour vous distraire. fr Sun, 04 May 2008 17:13:54 GMT Sun, 04 May 2008 17:13:54 GMT dzblog.com v0.2 <![CDATA[Fin.]]> http://viva.dzblog.com/article-238082.html « En toute chose, il faut considérer la fin. » scandait avec sagesse l’affable et lyrique De La Fontaine.
C’est donc le moment de renouer avec le vieux principe de l’éphémère… d’admettre « la nature fragile et caduque des œuvres humaines » comme écrivait avec philosophie l’homme d’église De Lamennais.
DzBlog, aussi formidable puisse-t-elle être, cette plateforme n’échappe pas au premier des axiomes de la vie : « tout ce qui a un début a une fin » dixit l’oracle de Matrix – que les puristes ne m’en veuillent pas, j’essaie de varier mes références… quitte à piocher dans la sous-culture hollywoodienne.
Comme la votre, mon existence a été marquée par quelques adieux, qui, sur l’instant, avaient le goût amer de la fin. En effet, j’ai toujours eu les plus grandes peines à faire le deuil des belles choses. Je ne savais tourner la page sans l’arracher dans un élan de rage et de dépit.
Mais avec le temps et le recul des années, en repensant à ces départs, ces disparitions, ces exils, ces ruptures… l’âcreté des épilogues s’estompe peu à peu, laissant place à la douceur du souvenir.
Et au milieu du papier jauni de vieilles lettres, des couleurs délavées de photos écornées, de l’odeur boisée de la poussière qui matérialise ce rayon de lumière ambrée, que lance désespérément un soleil crépusculaire à travers une lucarne… dans cette atmosphère nostalgique, je conjure mes démons en considérant la fin comme… comme un commencement.
 
Par sa médiocrité et sa platitude, je ne saurai faire de ce concentré de niaiseries mon ultime article. J’y associe donc un vieil hommage à monsieur Le Fennec.
 
Ina lilahi wa ina ilayhi raji3oun
 
On a coutume de dire que ce qui importe, tant en ce bas monde qu’au jour du jugement dernier… tout ce qui importe pour tout homme, pour tout être, riche ou pauvre, puissant ou modeste, illustre ou anonyme… tout ce qui importe une fois le dernier souffle exhalé, c’est le Bien – et a contrario, le Mal – que l’on a fait de son vivant.
Jeune garçon, en farfouillant dans la bibliothèque municipale, j’étais tombé par hasard sur une charmante histoire de Jean Giono… J’avais été frappé par la beauté et la justesse de cette parabole. Même si cela remonte à une quinzaine d’années, je vous la résume de mémoire. Je vous invite néanmoins à la lire.
Il s’agit d’un singulier berger, qui pendant des décennies, tout en gardant son troupeau sur les hauts pâturages alpins, et au lieu de souffler oisivement dans une flute, s’est attelé à une tâche minutieuse, immense, et totalement désintéressée.
Des années durant, quotidiennement, on voyait ce brave homme arpenter avec son bâton des terres arides et ingrates en s’arrêtant à intervalle régulier comme pour reprendre son souffle. Mais à chaque halte, il se courbait et tâtait le sol. On aurait pensé qu’il cherchait quelques choses… des truffes peut-être. En réalité, il plantait des glands dans un trou ménagé dans la terre à l’aide de son jonc… des dizaines de glands… et cela tous les jours. Ainsi, bien des années après sa mort, la région initialement déserte et inhospitalière, s’est mue en une grande et foisonnante forêt de chênes.
Quand Sublata nous annonça la disparition de monsieur Le Fennec – Allah yrahmou – comme bien d’autres je fus ému et triste à la fois… et puis a ressurgi du fin fond de ma mémoire cette nouvelle de Giono.
En effet, dans mon esprit benoît, je vois le créateur de dzblog tel ce pâtre. A grands efforts, il a semé les graines d’une grande forêt de blogs… une forêt de blogs où chacun offre à lire le fruit de ses réflexions, où j’ai pu retrouver mes racines pour me ressourcer, et où nous avons tous noué et cultivé tant bien que mal des relations nombreuses et fabuleuses.
Combien de personnes se sont rencontrées, appréciées… aimées grâce à dzblog, et donc grâce à monsieur Le Fennec ? Il ne sert à rien de le calculer car ce n’est pas fini. Cette plateforme survivra à son créateur et sera, à l’image de la forêt de Vergons, le biotope d’un formidable écosystème social où pourront se créer encore d’innombrables amitiés.
Je n’ai pas connu ce monsieur, mais je l’admire. Et mon plus grand rêve serait d’abandonner derrière moi une œuvre philanthropique de cette envergure.
Vivamed, en deuil et à jamais reconnaissant.
« Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable. »
« Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. »
Jean Giono
 
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Sun, 04 May 2008 17:13:54 GMT http://viva.dzblog.com/article-238082.html
Peau-lisse-d'hache-sueur-rance http://viva.dzblog.com/article-235332.html Bien des fois, la réalité dépasse la fiction…
L’autre jour par exemple, j’ai pu en faire le surprenant constat.
Mon téléphone ayant encore fait les frais de ma maladresse congénitale, j’ai pensé qu’il était temps de faire jouer mon assurance. J’ai vite compris que ce n’était qu’une expression, car cela n’avait rien d’un jeu.
En effet, une fois que l’on s’est assuré – c’est le cas de le dire – que le sinistre que l’on déplore, est couvert par les garanties fixées par la police d’assurance – assurance pour laquelle on cotise allègrement et régulièrement, se disant intérieurement « en cas de pépin, pas de soucis : je suis couvert ! » …
Euh… Je repends sans parabase.
Une fois que l’on s’est assuré que le sinistre est couvert – chouette ! Je peux appeler monsieur l’assureur au numéro surtaxé –, il faut tempérer cette joie qui risque de s’avérer fausse… car reste encore à parcourir la longue et rédhibitoire liste des clauses d’exclusion.
« clauses d’exclusion »
Rien qu’à l’écrire, j’ai la chair de poule…
Locution d’allure banale, triviale, prosaïque… mais formée par la redoutable conjonction du substantif féminin « clause », qui partage sa racine latine avec « clos » et « clôture », et du mot « exclusion » qui veut dire ce qu’il veut dire.
Bien qu’écrit en tout petit, mais vraiment tout petit – à croire qu’ils fabriquent des caractères d’imprimerie spécialement pour ces compositions typographiques, où les lettres ne doivent pas dépasser le micron et les interlignes le demi-angström…
Flûte alors, je devrais m’assurer contre les digressions intempestives qui me font perdre le cours de mes idées, et davantage de lecteurs. Euh… Où en étais-je déjà ?
Bien qu’écrit en tout petit, ces dites « clauses » ont le charme mystérieux d’une amulette magique, la puissance terrifiant d’une arme fatale, la force prodigieuse d’un ouragan… car elles permettent aux assureurs d’opposer crânement et froidement un sourire effronté et une fin de non-recevoir aux victimes…
…d’un incendie au seul motif qu’ils avaient des allumettes à la maison,
…ou bien d’une inondation pour la bonne raison que le cyclone avait été annoncé par la météo,
…ou encore d’un cambriolage puisque le barreaudage des fenêtres était espacé de 12 cm au lieu de 10 cm,
…ou enfin d’un accident de la vie domestique car la durée d’hospitalisation a été de quatre jours et demi au lieu de cinq comme STIPULE EN TOUTES LETTRES SUR LE CONTRAT.
Mais bon sang ! Il faut lire ces maudites « peau-lisse-d’hache-seur-rance », et mieux vaut le faire avant que le sinistre ne se produise, car elles prêtent à sourire et même à rire :-) A croire qu’il s’agit des histoires psychédéliques de Terry Pratchett.
 
Après grossissement 10.000x à l’aide d’un microscope électronique à balayage, nous lisons :
« Ne sont pas garantis les évènements suivants :
- …
- Les conséquences d’une guerre civile ou étrangère, insurrection, confiscation par les autorités, risque atomique.
- …
- Les dommages occasionnés au téléphone portable par incendie, explosion ou foudre.
... »
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Tue, 22 Apr 2008 00:00:25 GMT http://viva.dzblog.com/article-235332.html
قارئة الفنجان http://viva.dzblog.com/article-232166.html Samedi soir, comme par enchantement, je m’étais retrouvé parmi une joyeuse assemblée composée d’un syrien, d’un libanais, d’une sarde, d’un égyptien, d’un tunisien et d’une tunisienne.
Assis sur un tapis dans une conformation mauresque, nous chantions… des hymnes nationaux de chacune des nations représentées, aux grands classiques de la chanson arabe, en passant par quelques titres de chaabi et des succès italiens…
Au milieu des rires, des chants, des accents mélangés, de l’odeur du thé parfumé et de la douce fumée du narguilé, nous refaisions le monde… le monde méditerranéen.
قارئة الفنجان
La cafédomancienne
Paroles de Nizzar Kabani نزار قباني
Interprétation de Abdelhalim Hafiz عبدالحليم حافظ
Traduction de… moi (soyez indulgents)
 
جَلَسَت والخوفُ بعينيها
Elle s’assit avec la peur dans les yeux
تتأمَّلُ فنجاني المقلوب
Contemplant ma tasse renversée
قالت:
Elle dit :
يا ولدي.. لا تَحزَن
Mon enfant, ne sois pas triste
فالحُبُّ عَليكَ هوَ المكتوب
Car l’amour est ton destin
يا ولدي،
Mon enfant
قد ماتَ شهيداً
Il est mort en martyre
من ماتَ على دينِ المحبوب
Qui meurt pour la foi de l’être aimé
فنجانك دنيا مرعبةٌ
Ta tasse est un monde terrifiant
وحياتُكَ أسفارٌ وحروب..
Et ta vie n’est qu’exils et guerres
ستُحِبُّ كثيراً يا ولدي..
Tu aimeras beaucoup, mon enfant
وتموتُ كثيراً يا ولدي
Tu mourras beaucoup, mon enfant
وستعشقُ كُلَّ نساءِ الأرض..
Tu aimeras toutes les femmes de la terre
وتَرجِعُ كالملكِ المغلوب
Et tu reviendras tel un roi déchu
.
بحياتك يا ولدي امرأةٌ
Dans ta vie, mon enfant, une femme
عيناها، سبحانَ المعبود
Ses yeux… Bonté divine !
فمُها مرسومٌ كالعنقود
Sa bouche dessinée comme une grappe
ضحكتُها موسيقى و ورود
On rire… est musique et fleurs
لكنَّ سماءكَ ممطرةٌ..
Mais ton ciel est pluvieux
وطريقكَ مسدودٌ.. مسدود
Et ta voie condamnée
فحبيبةُ قلبكَ.. يا ولدي
L’élue de ton cœur, mon enfant
نائمةٌ في قصرٍ مرصود
Dort dans un château surveillé
والقصرُ كبيرٌ يا ولدي
Et ce château est immense, mon enfant
وكلابٌ تحرسُهُ.. وجنود
Il est gardé par des molosses et des soldats
وأميرةُ قلبكَ نائمةٌ..
Et la reine de ton cœur y dort
من يدخُلُ حُجرتها مفقود..
Celui qui entre sa chambre est perdu
من يطلبُ يَدَها..
Qui demande sa main…
من يَدنو من سورِ حديقتها.. مفقود
Qui approche les murs de son jardin est perdu
من حاولَ فكَّ ضفائرها..
Qui tente de démêler ses cheveux…
يا ولدي..
Mon enfant
مفقودٌ.. مفقود
Est perdu… perdu…
.
بصَّرتُ.. ونجَّمت كثيراً
J’ai beaucoup vaticiné et lu dans les astres
لكنّي.. لم أقرأ أبداً
Mais je n’ai jamais lu
فنجاناً يشبهُ فنجانك
Une tasse pareille à la tienne
لم أعرف أبداً يا ولدي..
Je n’ai jamais connu, mon enfant
أحزاناً تشبهُ أحزانك
Une tristesse telle que la tienne
مقدُورُكَ.. أن تمشي أبداً
Ton destin est de toujours marcher
في الحُبِّ .. على حدِّ الخنجر
Dans l’amour et sur le fil de la lame
وتَظلَّ وحيداً كالأصداف
Et tu resteras seul comme les coquillages
وتظلَّ حزيناً كالصفصاف
Et tu demeureras triste comme le saule
مقدوركَ أن تمضي أبداً..
Ton destin est d’errer à jamais
في بحرِ الحُبِّ بغيرِ قُلوع
Dans la mer de l’amour sans voilure
وتُحبُّ ملايينَ المَرَّاتِ...
Tu aimeras des millions de fois
وترجعُ كالملكِ المخلوع..
Et reviendras à chaque fois comme le roi déchu…
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Tue, 08 Apr 2008 02:10:03 GMT http://viva.dzblog.com/article-232166.html
Cyclope http://viva.dzblog.com/article-231442.html Avertissement : le contenu de cet article est susceptible de heurter la sensibilité des plus jeunes et des personnes sensibles.
Adolescent imprégné de mythologie grecque, mes idoles étaient Prométhée, Sisyphe, Icare, Castor et Pollux…
Fasciné par les légendes de l’antiquité, j’aspirais à être aussi fort qu’Héraclès, aussi ingénieux que Dédale, aussi agile qu’Achille, aussi beau que Pâris, aussi talentueux que Pygmalion, aussi téméraire que Thésée, Persée, ou bien Jason…
Mais parmi tous les héros qui peuplaient mon imaginaire, il s’en trouvait un pour lequel j’avais une grande admiration : Ulysse.
Ulysse, ce roi dont les mérites furent scandés par Homère, Du Bellay et puis Ridan…
Ulysse, celui-là même qui, par un subtil stratagème, provoqua la chute de Troie après dix longues années de guerre.
Ulysse, cet homme qui, maudit par Poséidon, cabota sur les rives d’une périlleuse méditerranée pendant une autre décade avant de regagner l’île Ithaque, où l’attendait patiemment Pénélope.
Ulysse, ce mortel au destin épique qui parvint à résister aux Sirènes, à échapper à Calypso, à vaincre le redoutable Cyclope Polyphème…
Et quel Cyclope était-ce ! Cruel anthropophage, il se nourrissait de la chair des marins qui faisaient naufrages sur les côtes de Sicile.
De fait, je me suis longtemps demandé s’il pouvait exister un tel monstre, dont le nom vient du grec « kýklos » (« le cercle » qui a donné « cycle » et « bicyclette ») et « ψ » (dernier mot du dictionnaire ! il signifie « l’œil » et a donné « optique »).
Avec mon petit frère, ce fut un sujet récurent de nos débats pseudo-scientifiques. Existe-t-il, a-t-il existé, ou pourrait-il exister des êtres humains avec un seul œil ?
Ne tombant jamais d’accord sur la question, chacun avançait avec assurance ses arguments.
Pour ma part, il était embryologiquement impossible qu’un enfant puisse venir au monde avec une telle malformation.
Aussi vrai que la fécondation d’un ovocyte donne une cellule-œuf au premier jour…
Aussi certain que ce zygote se divise pour donner la morula la première semaine…
Aussi irréfutable que la douzaine de blastomères de cette petite mure se différencient et forment le blastocyste, lors de la cavitation et la blastulation…
Blastocyste en coupe
Aussi exact que la gastrulation produit un embryon tridermique les deux semaines suivantes…
Aussi indiscutable que la morphogénèse, qui se poursuit au second mois de la gestation, permet le développement des diverses ébauches, notamment celles de la face et des organes des sens…
Aussi incontestable que les bourgeons primitifs – pour la plupart – et les ébauches optiques sont paires…
Aussi tangible que les deux hémifaces se rapprochent et fusionnent…
Aussi sûr que tout cela, et selon le principe de l'épigénèse, il ne peut se trouver dans ce processus une carence qui puisse expliquer l’émergence d’un œil unique et central. Enfin, le pensais-je…
Mais a contrario, un ralentissement de ce remodelage, un défaut de fusion peut parfaitement être à l’origine d’une fente labio-palatine.
C'est ce qu’on appelle communément le bec-de-lièvre. Malformation relativement fréquente dont voici une forme extrême et létale.
A ces preuves scientifiques, mon opiniâtre frangin répondait par des photos tirées de vieux livres de tératologie... plutôt douteux.
Et puis il y’a deux ans, il m’a semblé avoir trouvé une réponse définitive à cette discussion byzantine.
Devant l’escalator du Natural History Museum se trouve une effrayante statue. Celle d’un cyclope terriblement en colère… comme si un inconscient lui avait piqué son quatre-heures.
A ses pieds, le crâne d’un mastodon. Un vieil éléphant de l’ère tertiaire, dont les choanes pouvaient induire en erreur un paléontologue néophyte, puisqu’elles avaient la forme d’une cavité orbitaire.
Aussi, on suppose que ce type de fossile a pu être à l’origine de la légende des cyclopes, tout comme les ossements des dinosaures ont engendré les dragons du moyen-âge. Et de la même façon, la défense torsadée du narval a été attribuée aux licornes.
J’avais raison, et j’en étais sûr. Or celui qui ne doute pas a forcément tort, car la recherche de la vérité passe nécessairement par le doute. J’avais donc tort… tort de ne pas douter. En voici la preuve.
Mardi, avec un sourire malicieux, mon petit frère me suggèra d’aller faire un tour au fond du laboratoire d’anatomie… tout au fond, derrière la chambre froide et les cuves de formol.
J’avais pensé avoir trouvé la vérité dans un musée londonien, mais comme dirait l’agent Fox Mulder « The truth is out there »… et ce jour-là, la vérité était devant moi, dans un bocal entreposé entre un fœtus anencéphale et un autre bicéphale. La vérité me toisait de son unique oeil !
En conclusion, les cyclopes existent… mais cette malformation – forme extrême de l’holoproencéphalie – est létale. Par conséquent, ils meurent à la naissance. Donc par syllogisme, si on part du principe que ce qui est mort n’existe pas, ils ne peuvent exister… et nous voilà embarqués dans une nouvelle querelle métaphysico-éthico-théologico-philosophique qui va bien nous occuper quelques années : à partir de quand un être existe ? à la naissance ? à la fécondation ? à la nième semaine de gestation…
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Sat, 05 Apr 2008 00:00:39 GMT http://viva.dzblog.com/article-231442.html
Le Miroir (3ème relais) http://viva.dzblog.com/article-229641.html Merci Mkidech, Naïma et Kawtar, ce que vous avez écrit m’a merveilleusement inspiré.
Le Miroir
Dehors la pluie redoublait d’intensité. Un bruit sourd se fit entendre puis…la foudre. La bougie s’éteignit brusquement et le miroir s’illumina d’une lumière aveuglante le temps d’un instant. Zoubida se leva hâtivement pour regagner la coiffeuse…
Elle sauta hors du lit avec une sveltesse surprenante compte tenu de son grand âge. Mais dans son empressement et dans l’obscurité, Zoubida ne prêta guère attention à la masse brune aux reflets satinés qui pourtant aimait à se lover sur la descente-de-lit… Et pour cause, son esprit était à mille lieues de cette pièce au mobilier démodé. Son cœur palpitait à un rythme effréné, au-delà de la fréquence maximale théorique, qui, rappelons-le, est égale à deux-cent vingt pulsations par minute moins l’âge du sujet. Ce qui, en soi, est impossible ! Comprenez donc que ceci est une hyperbole. Figure de style qui, par l’exagération, permet de souligner l’intensité d’une chose, en l’occurrence le rythme cardiaque du protagoniste.
Cette chamade dans sa poitrine phtisique était le fait d’une vive émotion. Comme dans un songe, notre septuagénaire avouée avançait d’un pas léger et délicat. Au milieu des lettres et des plumes en apesanteur, elle flottait dans l’air, glissant lentement vers la glace de la coiffeuse… mais à ses yeux, c’était le miroir qui s’approchait. Subjectivité créée par un judicieux mouvement de travelling à la Stanley Kubrick, en slow-motion évidemment.
Peu à peu, elle voyait défiler à travers le miroir une chambre à coucher au décor fastueux. Un lit à baldaquin en fer forgé couvert de riches draperies de soie brodée, et d’un édredon de fourrure fauve et véritable, cela s’entend. Un traversin et des coussins rembourrés de fines plumes blanches siégeaient entre les étoffes de velours pourpre, qui tombaient gracieusement, faisant ces plis amples que l’on connait aux rideaux de qualité. Une tapisserie aux motifs travaillés reflétait la lumière douce, tendre, quasi charnelle qui baignait la pièce, tandis qu’un épais tapis persan ajoutait une note feutrée à l’atmosphère féérique…
Fascinée par ces étranges reflets sur la surface opalescente, Zoubida tendit ses doigts crochus et décharnés, comme pour palper ce que ses yeux ne pouvaient croire… Quand, arrivée devant le miroir, son palpitant céda à une nouvelle crise de tachycardie auriculaire. De son regard ébahi, elle contemplait une ravissante jeune fille dans la fleur de l’âge, rayonnante de grâce et de jeunesse. Celle-ci, trop occupée à se coiffer, ne prêta guère attention à la misérable Zoubida.
« Lou… Loundja » balbutia dans un sourire douloureux la vieille rombière, qui n’avait pas vu son alter ego depuis des décennies.
Deux yeux se levèrent nonchalamment sur cette importune, affichèrent une furtive surprise, puis se plissèrent tandis que le méplat clair des pommettes s’empourpra d’une colère vultueuse.
« Qu’as-tu fait de ta vie vieille sorcière ? »
Une brosse en ivoire vola, et la glace dans un effroyable fracas se brisa, alors que le cri strident de Kabouya déchirait la nuit.
Quand Zoubida reprit connaissance, elle se trouvait au sol allongée de tout son long au milieu des tessons. Pourtant, sa toilette en thèque, seul meuble de valeur qui agrémentait ce lieu, était encore intacte. Et en découvrant la table de nuit renversée et l’abat-jour de la lampe de chevet en morceaux, puis en palpant la bosse douloureuse sur son front, elle comprit qu’elle avait trébuché sur ce maudit chat.
Là pour le coup, avec son ossature ostéoporotique et pour la punir de ses méchancetés envers le petit Boualem, j’aurais pu lui coller une vilaine fracture du col du fémur Garden IV, mais c’eût été vraiment cruel de ma part. Quelques ecchymoses, un bel hématome et une grosse frayeur c’est bien assez.
Au prix d’un grand effort et en s’appuyant sur le lit, elle parvint à redresser son corps meurtri. Mais ce n’était pas tant ces quelques douleurs physiques que le souvenir de cet étrange rêve qui la faisait souffrir. Et puis, était-ce bien un rêve ? N’était-ce pas encore une hallucination ?
« Non je n’ai pas rêvé. Tu veux me faire croire que je suis folle, mais tu ne m’auras pas comme ça ! » lança-t-elle à son pitoyable reflet.
« Non, tu ne m’auras pas, espèce… »
Et elle se traina lamentablement jusqu’à la salle de bain en s’accrochant aux murs crasseux et en marmonnant d’autres invectives, tandis que le miroir continuait à réfléchir les saccades d’éclairs, qui s’insinuaient par la lucarne du couloir pour illuminer la pénombre de l’appartement d’une lumière aveuglante.
Il eût été licite, et même bienvenu, de m’interrompre à ce point de la narration, mais il y’a un détail qui me turlupine. Une vétille négligeable me diriez-vous… mais tout de même, j’insiste.
Si par cette chute, j’ai manqué de briser notre anti-héroïne, alors que dire de la brillante Kawtar qui ménagea un insoutenable suspens avec les fameux coups de griffes de Kabouya, et le flot de sang qui s’en suivit ? A-t-elle pensé un instant à la redoutable maladie des griffes du chat ? Hein ? Aussi, pour lui éviter une infection par la bactérie qui répond au joli nom de Bartonella Henselae, j’étais contraint de mener Zoubida à la salle de bain.
Après s’être rincé la figure, avoir longuement déploré la tuméfaction bleuâtre qui avait poussé au dessus de son arcade gauche, et avoir pesté contre les éternelles rides qui creusaient son visage, elle fouilla la pharmacie à la recherche de la bouteille d’alcool à 90%. Avec fébrilité, sa main visitait le meuble laqué blanc, faisant tomber des flacons de neuroleptiques et des tablettes de valium. Mais décidément, ce n’était pas son jour. La bouteille en plastique estampillée « ﺍﻠﻜﺤﻮﻞ » était vide.
« Bon sang, j’aurais du demander à Boualem de m’en acheter. »
Toujours avec autant de peine que de douleur, elle se dirigea vers la cuisine, d’où ne tarda pas à se faire entendre un bruit de tintement de bouteilles en verre. La bienséance régie et réglementée par maître Mkidech ne me permet pas de vous montrer l’action en elle-même. Néanmoins, malgré l’autocensure, vous devinez aisément que Zoubida devait être à la recherche d’une vieille flasque de whisky qu’elle cachait parmi ses bouteilles de mauvais vin.
Ce silence signifie qu’elle l’a trouvée. Et ce gémissement laisse entendre qu’elle a déversé quelques goûtes sur ses plaies… mais mieux vaut ne pas que s’attarder sur ce rictus douloureux qui dévoile ses chicots.
« Ahhhhh... »
Ça ? euh… ça c’est, euh… disons qu’elle savoure une bonne médecine contre les souffrances physiques et morales. Mais si j’ai fait le choix délibéré de ne pas vous décrire son ictère, son ascite, son amyotrophie, sa dépilation, son hippocratisme digital, ses angiomes stellaires ou son érythrose palmoplantaire… bref tous les signes d’une cirrhose évoluée, c’est pour ne pas vous livrer l’image affligeante de la déchéance humaine.
Cette pauvre Zoubida n’a pas eu beaucoup de chance dans sa vie. Elle a confondu petits plaisirs et grands bonheurs. Elle a pris les vessies pour des lanternes et les gens ternes pour des messies… Aussi, laissons-la dans la pénombre de sa cuisine, se reposer paisiblement sous le regard indifférent de son chat. Allons plutôt voir ce que fait ce chenapan de Boualem.
Dans ses chroniques de l’Algérie précoloniale, intitulées « Le Miroir », Hamdan Khodja écrivait que les Algérois « ont de la franchise et de la sincérité ; ils ne connaissent ni la rancœur ni la haine ; ils sont généreux dans leurs actions ; ils respectent leurs voisins comme s’ils étaient leurs parents. »
Certainement, cela valait pour les « kouloughlis » vivant sous la régence… mais qu’en est-il de la faune qui peuple nos rues actuelles ?
« Alors Boualem ! Raconte-nous comment ça s’est passé hier avec la vieille ! » demandèrent avec enthousiasme les gamins qui soutenaient ce mur de la casbah passablement lézardé, et d’avantage fragilisé par le denier tremblement de terre, et l’inondation récente.
« Ah les amis, vous n’allez pas me croire. Je l’ai faite tourner en bourrique ! La voisine est devenue complètement folle… elle est bonne pour Joinville. » dit fièrement Boualem. Et la petite bande se mit à ricaner.
« Et la lettre ? Elle pense toujours que c’est Loundja qui lui écrit ? » Renchérit un autre.
Et ils repartirent dans un rire interminable pendant que Boualem mimait la scène où Zoubida s’était jetée à quatre pattes pour ramasser sa précieuse correspondance.
Ah que les enfants peuvent être cruels… Les gamins…
 
Tiens Tarik, le calame-relais est tien !
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Sat, 29 Mar 2008 05:27:16 GMT http://viva.dzblog.com/article-229641.html
Nous ne t'oublierons jamais http://viva.dzblog.com/article-229590.html Aujourd’hui, trouvant quelque peu anormal qu’une tortue puisse hiberner aussi longtemps, j’ai soulevé la carapace de Dino, et hélas… Hélas, j’ai du me rendre à l’évidence.
A son minois rabougri et desséché, recroquevillé au fond, très au fond… à ses paupières creuses, et à son sourire crispé, j’ai posé avec amertume le diagnostic de « mort per-hibernation ».
L’hiver, élagueur des frêles branches, lui a été fatal… elle qui n’avait pas trois ans. Et pour me réconforter, je m’imaginais qu’à cette heure, d’une brasse paresseuse et élégante, avec la sérénité et la majesté de la tortue de Terry Pratchett, l’âme de Dino fendait l’abîme interstellaire, glissant lentement vers le paradis des testudines.
Mais en l’enterrant dignement sous une motte de terre, non loin des pousses de menthe, un pensée, ô combien plus triste, m’a traversé l’esprit, me glaçant le sang plus encore que le vent frais du crépuscule.
 
Je me suis souvenu qu’il y’a un an, presque jour pour jour, nous avait quitté un être innocent.
Un enfant de douze ans au sourire à la fois bienveillant et désarmant.
Un séraphin qui avait dans les yeux une étincelle d’espoir, infime reflet des milliers de rêves éclatants qui rayonnaient en lui.
Un ange qui nous a quittés…
Allah yrahmou.
Oussama
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Fri, 28 Mar 2008 22:04:39 GMT http://viva.dzblog.com/article-229590.html
Manhamanha ! http://viva.dzblog.com/article-228620.html Merci Mr Legya pour ces deux minutes de bonheur et de fou rire. Un peu de légèreté dans un monde de gravité, cela fait grand bien !

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Wed, 26 Mar 2008 00:00:41 GMT http://viva.dzblog.com/article-228620.html
L'oeuf http://viva.dzblog.com/article-227833.html C'est Pâques.
A défaut de vous offrir une friandise pour l’occasion, permettez que je vous lise cette petite histoire de Dino Buzzati.
Ce n’est certes pas sa plus belle nouvelle, mais ce demeure un très joli conte moderne, qui flatte notre désir de justice et d’équité en ce monde cruellement matérialiste.
Voici donc, pour vous, ce bel œuf de Pâques…
L’œuf de Dino Buzzati
     Dans le jardin de la villa Royale, la Croix Violette Internationale organisa une grande chasse à l'œuf réservée aux enfants âgés de moins de douze ans. Prix du billet, vingt mille lires.
     Les œufs étaient cachés sous des meules de foin. Et puis on donnait le départ. Et tous les œufs qu'un enfant réussissait à découvrir étaient à lui. Il y avait des œufs de tous genres et de toutes dimensions : en chocolat, en métal, en carton, contenant de très beaux objets.
     Gilda Soso, femme de ménage, en entendit parler chez les Zernatta, où elle travaillait. Mme Zernatta devait y conduire ses quatre enfants, ce qui faisait en tout quatre-vingt mille lires.
     Gilda Soso, vingt-cinq ans, pas belle mais pas laide non plus, petite, menue, le visage vif, pleine de bonne volonté mais aussi de désirs réprimés — avec une fille de quatre ans en plus, une gracieuse créature sans père hélas ! — pensa y emmener la petite.
     Le jour venu, elle mit à Antonella son petit manteau neuf, et son chapeau de feutre qui la faisait ressembler aux fillettes des patrons.
     Gilda, elle, ne pouvait pas ressembler à une dame, ses vêtements étaient trop râpés. Elle fit quelque chose de mieux : avec une espèce de coiffe elle s'arrangea à peu près comme une nurse et si on ne la regardait pas sous le nez on pouvait très bien la prendre pour une de ces bonnes d'enfants de luxe, de celle qui sont diplômées de l'école de Genève ou de Neuchâtel.
     C'est ainsi qu'elles se rendirent en temps voulu à l'entrée de la villa Royale. Là, Gilda s'arrêta, regardant tout autour d'elle comme si elle était une nurse qui attendait sa patronne. Et les voitures de maîtres arrivaient et déversaient les enfants riches qui allaient faire la chasse à l'œuf. Mme Zernatta arriva aussi avec ses quatre enfants et Gilda se retira à l'écart pour ne pas se faire voir.
     Est-ce que Gilda se serait donné tout ce mal pour rien ? Le moment de confusion et de remue-ménage sur lequel elle comptait pour pouvoir entrer gratis avec la petite ne semblait guère devoir se produire.
     La chasse à l'œuf commençait à trois heures. A trois heures moins cinq une automobile de type présidentiel arriva, c'était la femme d'un ministre important, venue tout exprès de Rome avec ses deux enfants. Alors le président, les conseillers et les dames patronnesses de la Croix Violette Internationale se précipitèrent à la rencontre de la femme du ministre pour lui faire les honneurs et la confusion désirée se produisit enfin, plus forte encore qu'elle ne l'avait souhaitée.
     Ce qui permit à la femme de ménage Gilda camouflée en nurse de pénétrer dans le jardin avec sa fille, et elle lui faisait mille recommandations pour qu'elle ne se laissât pas intimider par les enfants plus âgés et plus rusés qu'elle.
     On voyait dans les prés, irrégulièrement disposées, des meules de foin, grandes et petites, par centaines. L'une d'elles avait au moins trois mètres de haut, qui sait ce qui pouvait bien être caché dessous, rien peut-être.
     Le signal fut donné par une sonnerie de trompette, le ruban qui marquait la ligne de départ tomba et les enfants partirent en chasse avec des hurlements indescriptibles.
     Mais les enfants des riches intimidaient la petite Antonella. Elle courait çà et là sans savoir se décider et pendant ce temps-là les autres fouillaient dans les tas de foin, certains couraient déjà vers leur maman en serrant dans leurs bras de gigantesques œufs en chocolat ou en carton multicolores qui renfermaient qui sait quelles surprises.
     Finalement, Antonella elle aussi, plongeant sa petite main dans le foin, rencontra une surface lisse et dure, à en juger d'après la courbure, ce devait être un œuf énorme. Folle de joie elle se mit à crier : « Je l'ai trouvé ! Je l'ai trouvé ! » et elle cherchait à saisir l'œuf mais un petit garçon plongea la tête la première, comme font les joueurs de rugby et immédiatement Antonella le vit s'éloigner portant sur ses bras une sorte de monument; et il lui faisait par-dessus le marché des grimaces pour la narguer.
     Comme les enfants sont rapides ! A trois heures on avait donné le signal du départ, à trois heures un quart tout ce qu'il y avait de beau et de bon avait déjà été ratissé. Et la petite fille de Gilda, les mains vides, regardait autour d'elle pour chercher sa maman habil­lée en nurse, bien sûr elle ressentait un grand désespoir mais elle ne voulait pas pleurer, à aucun prix, quelle honte avec tous ces enfants qui pouvaient la voir. Chacun désormais avait sa proie, qui plus qui moins, Antonella était seule à ne rien avoir du tout.
     Il y avait une petite fille de six, sept ans qui peinait à porter toute seule ce qu'elle avait ramassé. Antonella la regardait ébahie.
     « Tu n'as rien trouvé, toi ? lui demanda 1'enfant blonde avec politesse.
     — Non, je n'ai rien trouvé.
     — Si tu veux, prends un de mes œufs.
     — Je peux ? lequel ?
     — Un des petits.
     — Celui-ci ?
     — Oui, d'accord, prends-le.
     — Merci, merci, tu sais, fit Antonella, déjà merveil­leusement consolée, comment tu t'appelles ?
     — Ignazia », dit la blondinette.
     A ce moment une dame très grande qui devait être la maman d'Ignazia intervint :
     « Pourquoi as-tu donné un œuf à cette petite ?
     — Je ne lui ai pas donné, c'est elle qui me l'a pris, répondit vivement Ignazia avec cette mystérieuse per­fidie des enfants.
     — Ce n'est pas vrai ! cria Antonella. C'est elle qui me l'a donné. »
     C'était un bel œuf de carton brillant qui s'ouvrait comme une boîte, il y avait peut-être dedans un jouet ou un service de poupée ou une trousse à broderie.
     Attirée par la dispute une dame de la Croix Violette tout habillée de blanc s'approcha, elle pouvait avoir une cinquantaine d'années.
     «Eh bien, qu'arrive-t-il, mes chères petites? demanda-t-elle en souriant, mais ce n'était pas un sourire de sympathie. Vous n'êtes pas contentes ?
     — Ce n'est rien, ce n'est rien, dit la maman d'Ignazia. C'est cette gamine, je ne la connais même pas, qui a pris un œuf à ma fille. Mais cela ne fait rien. Qu'elle le garde. Allons, Ignazia, viens ! »
     Et elle partit avec la petite. Mais la dame patronnesse ne considéra pas l'incident comme clos.
     « Tu lui as pris un œuf ? demanda-t-elle à Antonella.
     — Non, c'est elle qui me l'a donné.
     — Ah ! vraiment ? Et comment t'appelles-tu ?
     — Antonella.
     — Antonella comment ?
     — Antonella Soso.
     — Et ta maman ? hein ? où est ta maman ? »
     A ce moment précis Antonella s'aperçut que sa maman était présente. Immobile, à quatre mètres de là, elle assistait à la scène.
     « Elle est là », dit la petite.
     Et elle fit un signe.
     « Qui ça ? Cette femme, là ? demanda la dame.
     — Oui.
     — Mais ce n'est pas ta gouvernante ? » Gilda alors s'avança :
     « C'est moi sa maman. »
     La dame la dévisagea perplexe :
     « Excusez-moi, madame, mais vous avez votre bil­let ? Est-ce que cela vous ennuierait de me le montrer ?
     — Je n'ai pas de billet, dit Gilda en se plaçant aux côtés d'Antonella.
     — Vous l'avez perdu ?
     — Non. Je n'en ai jamais eu.
     — Vous êtes entrée en fraude, alors ? Cela change tout. Dans ce cas, ma petite, cet œuf ne t'appartient pas. »
     Avec fermeté elle lui enleva l'œuf des mains.
     «C'est inconcevable, dit-elle, veuillez me faire le plaisir de sortir immédiatement. »
     La petite resta là pétrifiée et sur son visage on pouvait lire une telle douleur que le ciel entier commença à s'obscurcir.
     Alors, comme la dame patronnesse s'en allait avec l'œuf, Gilda explosa, les humiliations, les douleurs, les rages, les désirs refoulés depuis des années furent les plus forts. Et elle se mit à hurler, elle couvrit la dame horribles gros mots qui commençaient par p, par b, par t, par s et par d'autres lettres de l'alphabet.
     II y avait beaucoup de monde, des dames élégantes de la meilleure société avec leurs bambins chargés d'œufs étourdissants. Quelques-unes s'enfuirent horrifiées. D'autres s'arrêtèrent pour protester :
     « C'est une honte ! C'est un scandale ! Devant tous ces enfants qui écoutent ! arrêtez-la !
     — Allez, dehors, dehors, ma fille, si vous ne voulez pas que je vous dénonce », commanda la dame.
     Mais Antonella éclata en sanglots d'une façon si terrible qu'elle aurait attendri même des pierres. Gilda était désormais hors d'elle, la rage, la honte, la peine lui donnaient une énergie irrésistible :
     « Vous n'avez pas honte, vous, d'enlever son petit œuf à ma fille qui n'a jamais rien. Vous voulez que je vous dise ? Eh bien, vous êtes une garce. »
     Deux agents arrivèrent et saisirent Gilda aux poignets.
     « Allez, ouste, dehors et plus vite que ça ! »
     Elle se débattait.
     « Laissez-moi, laissez-moi, sales flics, vous êtes tous des salauds. »
     On lui tomba dessus, on la saisit de tous les côtés, on l'entraîna vers la sortie :
     « Suffit, maintenant tu vas venir avec nous au commissariat, tu te calmeras au violon, ça t'apprendra à insulter les représentants de l'Ordre. »
     Ils avaient du mal à la tenir bien qu'elle fût menue.
     « Non, non ! hurlait-elle. Ma fille, ma petite fille ! laissez-moi, espèces de lâches ! »
     La petite s'était agrippée à ses jupes, elle était ballottée çà et là dans le tumulte, au milieu de ses sanglots elle invoquait frénétiquement sa maman.
     Ils étaient bien une dizaine tant hommes que femmes à s'acharner contre elle :
     « Elle est devenue folle. La camisole de force ! A l'infirmerie ! »
     La voiture de police était arrivée, ils ouvrirent les portes, soulevèrent Gilda à bout de bras. La dame de la Croix Violette saisit énergiquement la fillette par la main.
     « Maintenant tu vas venir avec moi. Je lui ferai donner une leçon moi, à ta maman ! »
     Personne ne se rappela que dans certains cas une injustice peut déchaîner une puissance effrayante.
     « Pour la dernière fois laissez-moi ! hurla Gilda tandis qu'on tentait de la hisser dans le fourgon. Laissez-moi ou je vous tue.
     — Oh ! ça suffit ces simagrées ! emmenez-la ! ordonna la dame patronnesse, occupée à dompter la petite.
     — Ah ! c'est comme ça, eh bien ! crève donc la première, sale bête, fit Gilda, en se débattant plus que jamais.
     — Mon Dieu ! gémit la dame en blanc et elle s'affaissa par terre inanimée.
     — Et maintenant, toi qui me tiens les mains, c'est ton tour ! » fit la femme de ménage.
     Il y eut une mêlée confuse de corps puis un agent tomba du fourgon, mort, un autre roula lourdement au sol tout de suite après que Gilda lui eut jeté un mot.
     Ils se retirèrent avec une terreur obscure. La maman se retrouva seule entourée d'une foule qui n'osait plus.
     Elle prit par la main Antonella et avança sûre d'elle :
     « Laissez-moi passer. »
     Ils s'effacèrent, en faisant la haie, ils n'avaient plus le courage de la toucher, ils la suivirent seulement, à une vingtaine de mètres derrière elle tandis qu'elle s'éloignait. Entre-temps, dans la panique générale de la foule, des camionnettes de renforts étaient arrivées dans un vacarme de sirènes d'ambulances et de pompiers. Un sous-commissaire prit la direction des opérations. On entendit une voix :
     « Les pompes ! les gaz lacrymogènes ! »
     Gilda se retourna fièrement :
     « Essayez un peu pour voir si vous en avez le courage. »
     C'était une maman offensée et humiliée, c'était une force déchaînée de la nature.
     Un cercle d'agents armés la cerna.
     « Haut les mains, malheureuse ! »
     Un coup de semonce retentit.
     « Ma fille, vous voulez la tuer elle aussi ? cria Gilda. Laissez-moi passer. »
     Elle avança imperturbable. Elle ne les avait même pas touchés qu'un groupe de six agents tombèrent raides en tas.
     Et elle rentra chez elle. C'était un grand immeuble de la périphérie, au milieu des terrains vagues. La force publique se déploya tout autour.
     Le commissaire avança avec un mégaphone électrique : cinq minutes étaient accordées à tous les locataires de la maison pour évacuer les lieux ; et on intimait à la maman déchaînée de livrer l'enfant, sous menace de représailles.
     Gilda apparut à la fenêtre du dernier étage et cria des mots que l'on ne comprenait pas. Les rangs des agents reculèrent tout à coup comme si une masse invisible les repoussait.
     « Qu'est-ce que vous fabriquez ? serrez les rangs ! » tonnèrent les officiers.
     Mais les officiers eux aussi durent reculer en trébuchant.
     Dans l'immeuble désormais il ne restait que Gilda avec son enfant. Elle devait être en train de préparer leur dîner car un mince filet de fumée sortait d'une cheminée.
     Autour de la maison des détachements du 7e régiment de cuirassiers formaient un large anneau tandis que descendait le soir. Gilda se mit à la fenêtre et cria quelque chose. Un pesant char d'assaut commença à vaciller puis se renversa d'un seul coup. Un deuxième, un troisième, un quatrième. Une force mystérieuse les secouait çà et là comme des joujoux en fer-blanc puis les abandonnait immobiles dans les positions les plus incongrues, complètement démantibulés.
      L'état de siège fut décidé. Les forces de l'O.N.U. intervinrent. La zone environnante fut évacuée dans un vaste rayon. A l'aube le bombardement commença.
     Accoudée à un balcon, Gilda et la petite regardaient tranquillement le spectacle. On ne sait pourquoi mais aucune grenade ne réussissait à frapper la maison. Elles explosaient toutes en l'air, à trois, quatre cents mètres. Et puis Gilda rentra parce que Antonella effrayée par le bruit des explosions s'était mise à pleurer.
     Ils l'auraient par la faim et la soif. Les canalisations d'eau furent coupées. Mais chaque matin et chaque soir la cheminée soufflait son petit filet de fumée, signe que Gilda faisait son repas.
     Les généralissimes décidèrent alors de lancer l'attaque à l'heure X. A l'heure X la terre, à des kilomètres autour, trembla, les machines de guerre avancèrent concentriquement dans un grondement d'apocalypse.
     Gilda parut à la fenêtre :
     « Ça suffit ! cria-t-elle. Vous n'avez pas fini ? Laissez-moi tranquille ! »
     Le déploiement des chars d'assaut ondula comme si une vague invisible les heurtait, les pachydermes d'acier porteurs de mort se contorsionnèrent dans d'horribles grincements, se transformant en monceaux de ferraille.
     Le secrétaire général de l'O.N.U. demanda à la femme de ménage quelles étaient ses conditions de paix : le pays était désormais épuisé, les nerfs de la population et des forces armées avaient craqué.
     Gilda lui offrit une tasse de café et puis lui dit :
     « Je veux un œuf pour ma petite. »
     Dix camions s'arrêtèrent devant la maison. On en tira des œufs de toutes les dimensions, d'une beauté fantastique afin que l'enfant pût choisir. Il y en avait même un en or massif incrusté de pierres précieuses, d'un diamètre de trente-cinq centimètres au moins.
     Antonella en choisit un petit en carton de couleur semblable à celui que la dame patronnesse lui avait enlevé.
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Mon, 24 Mar 2008 03:24:32 GMT http://viva.dzblog.com/article-227833.html
Dino Buzzati http://viva.dzblog.com/article-227576.html C’est le printemps, bonjour, bonjour les hirondelles !

« C’è la primavera » comme ils disent en Toscane, où cyprès et oliviers palabrent sous l’azure du firmament.

C’est le printemps et pourtant.

Et pourtant ici, loin des méandres de l’Arno et de l’accent chatoyant des florentins, ici il vente, il grêle, et il neige… enfin presque. Et l’attendrissante frimousse de ma petite tortue Dino ne daigne toujours pas sourdre de sa carapace. Pensez-donc ! Cela fait quatre mois qu’elle hiberne, charmante paresseuse.

Quatre mois. Je commence vraiment à trouver le temps long. Et justement pour passer le temps, en ce long et passablement maussade week-end pascal, quoi de mieux que de bouquiner bien au chaud sous la couette, en s’empiffrant d’œufs en chocolat ?

Il se trouve qu’actuellement, je lis un livre de Dino Buzzati, un auteur italien du siècle dernier rendu célèbre par son fascinant recueil de nouvelles « Le K ».

(Soit dit en passant, ne vous torturez pas l’esprit à chercher un lien entre Dino la petite tortue d’Hermann pour laquelle j’ai une affection toute particulière, et Dino l’écrivain que j'apprécie aussi. Ce dernier porte un prénom italien équivalent de « Denis » en français, et dérivant du latin « divinus », divin. Tandis que mon reptile a été baptisé ainsi par la gracieuse circassienne qui me l’a offert. Nom de baptême en hommage à ses lointains grands oncles, les dinosaures… ces derniers tenant leur nom du grec « &